Malgré l’absence de la Géorgie à la Coupe du monde cet été, Khvicha Kvaratskhelia, l’ailier du Paris Saint-Germain, reste parmi les favoris pour le Ballon D’Or, qui sera décerné le 26 octobre prochain à Londres. Quels arguments le Géorgien possède-t-il ?
Auteur d’une saison exceptionnelle dans un collectif que tout le monde envie, Khvicha Kvaratskhelia espère succéder à Ousmane Dembélé lors de la remise du Ballon D’Or, le 26 octobre prochain. Alors qu’on entend beaucoup ressortir le nom de Lamine Yamal, vainqueur de la Coupe du monde avec l’Espagne cet été, « Kvara » pourrait bien déjouer les pronostics, et voilà comment :
1/ Il y a déjà eu des vainqueurs du Ballon D’Or qui n’ont pas gagné la Coupe du monde l’année de leur sacre
Gagner la Coupe du monde est forcément l’un des arguments phares pour le Ballon D’Or. Mais cinq joueurs ont prouvé le contraire. En 1974, Johan Cruyff remporte son 3e Ballon D’Or, alors que les Pays-Bas s’inclinent face à l’Allemagne de l’Ouest en finale. Le Néerlandais profite de la dispersion des voix entre les joueurs allemands pour être sacré. En 2010, Lionel Messi remporte son 2e Ballon D’Or, alors que l’Argentine est éliminée par l’Allemagne en quarts de finale du Mondial sud-africain, sur le score de 4 buts à 0. L’Espagne, vainqueur de sa première étoile, subit le même sort que la RFA de 1974, avec la dispersion des voix entre Xavi et Andrés Iniesta, coéquipier de Messi au FC Barcelone. En 2014 et 2018, Cristiano Ronaldo et Luka Modrić profitent tous les deux de l’absence de personnalité marquante dans les équipes championnes du monde (Allemagne et France), et de leurs très bonnes performances en club, tout au long de la saison.
Le point commun de tout ces joueurs ? Ils ont disputé la Coupe du monde l’année de leur sacre. Il existe un joueur qui a gagné le Ballon D’Or sans jouer la Coupe du Monde, et c’est Kevin Keegan, en 1978. L’Angleterre n’était pas qualifié pour cette édition, mais avec sa saison au-dessus du lot avec le club allemand d’Hambourg, et parce que seuls les joueurs européens étaient éligibles pour le Ballon D’Or, Keegan le remporte.
« Kvara » peut donc profiter d’une dispersion des voix entre les joueurs espagnols. Rodri, vainqueur de l’édition 2024, a été élu meilleur joueur du Mondial, Fabián Ruiz a remporté la Coupe du monde et la Ligue des champions (avec Kvaratskhelia), et Lamine Yamal a été auteur d’une très bonne saison avec le FC Barcelone, mais n’a pas été aussi flamboyant lors de la Coupe du monde. Le Géorgien peut aussi compter sur sa saison plus que réussie avec le PSG.
2/ Une saison en or
Et c’est le deuxième argument en faveur de l’ailier parisien. 48 matchs disputés, 19 buts et 11 passes décisives, le tout en jouant 2 900 minutes sur toute la saison. Lamine Yamal, ce sont 45 matchs disputés (notamment à cause d’une pubalgie en début de saison et d’une déchirure en fin de saison), 24 buts et 18 passes décisives, en 3 700 minutes (hors Coupe du monde). Sur le plan comptable, l’Espagnol est devant.
Mais si on s’intéresse à ces mêmes statistiques, lors des gros matchs, le Géorgien est loin devant. « Kvara » a été décisif dans tous les matchs à élimination directe du PSG : 3 buts et 1 passe décisive face à Chelsea, 1 but et 1 passe décisive face à Liverpool, 2 buts et 1 passe décisive face au Bayern et il provoque le penalty égalisateur de Dembélé en finale face à Arsenal. Lamine Yamal, fort d’une saison parfaite en championnat, n’a pas su porter le « Barça » sur la scène européenne : 2 buts et 1 passe décisive face à Newcastle en huitième, 1 but lors de l’élimination en quart face à l’Atlético. Sur les statistiques en Coupe du monde, Yamal n’a inscrit qu’un but (face à l’Arabie Saoudite) et a adressé une passe décisive (face à la France).
Qu’en est-il du point de vue du palmarès ? Pour Khvicha Kvaratskhelia, cinq titres s’ajoutent à son armoire à trophées, à savoir la Ligue 1 et le Trophée des Champions au niveau national, ainsi que la Ligue des champions, où il a été nommé meilleur joueur de la saison et dans l’équipe type, la Supercoupe d’Europe et la Coupe Intercontinentale de la FIFA. Pour Lamine Yamal, mis à part la Coupe du monde qui pèse forcément beaucoup, il a seulement remporté le championnat espagnol en étant le meilleur joueur de la saison et la Supercoupe d’Espagne.
3/ La classe du joueur et la capacité à élever les autres
C’est également le troisième critère de notation pour le Ballon D’Or. En sélection, Lamine Yamal profite d’une machine collective, historiquement dominante, blindée de génies tactiques au milieu de terrain, où les individualités sont sublimées par l’écosystème. Pour « Kvara », il est le capitaine de la Géorgie, 72e nation mondiale, et malgré un effectif globalement modeste, il parvient à maintenir des standards de performance de classe mondiale en sélection. Même si la Géorgie n’a pas disputé la Coupe du monde (la Géorgie a notamment perdu deux fois face à l’Espagne de Yamal en qualification, ndlr), porter le brassard et assumer la pression de tout un peuple sans être entouré de stars donne une dimension presque héroïque et romantique à sa saison, un narratif que le Ballon d’Or adore.
En club, Khvicha Kvaratskhelia est le véritable « Game Changer » du projet parisien. Le Paris Saint-Germain a aligné les milliards pendant une décennie avec des constellations de superstars (Ibrahimovic, Neymar, Messi, Mbappé) sans jamais réussir à soulever la Ligue des Champions. Depuis qu’il est arrivé, le PSG est double champion d’Europe. Il n’est pas un joueur parmi d’autres. Élu meilleur joueur de la Ligue des Champions et véritable bourreau des grands d’Europe, il a endossé le costume de leader ultime. Il a porté la pression d’un projet immense sur ses épaules là où Lamine Yamal, malgré son immense talent au « Barça » ou en sélection, partage les responsabilités et la lumière avec d’autres cadres installés.
Le Ballon D’Or récompense la qualité individuelle dans un collectif. Tout repose alors sur une question simple : quelle est la valeur ajoutée réelle du joueur sur son équipe ? Si vous enlevez Kvaratskhelia du PSG de la saison 2025-2026, Paris ne gagne probablement pas la Ligue des Champions. Si vous l’enlevez de la Géorgie, la sélection disparaît totalement de la carte footballistique européenne. Si vous enlevez Lamine Yamal de l’Espagne ou du « Barça », ces équipes restent de formidables candidates aux titres mondiaux et nationaux grâce à leur vivier de talents.
Lamine Yamal est le joyau d’un système d’élite qui tourne déjà à plein régime, que ce soit le FC Barcelone ou l’Espagne. Khvicha Kvaratskhelia, lui, crée son propre système. Il a transformé le PSG en champion d’Europe et porte la Géorgie à bout de bras. Le Ballon D’Or doit récompenser l’impact individuel pur, et à ce jeu-là, « Kvara » est un leader unique au monde.
Qu’importe le résultat finale, « Kvara » aura su montrer le joueur d’exception qu’il est. Rendez-vous le 26 octobre pour voir s’il sera récompensé de la plus prestigieuse des distinctions individuelles !
